Faut-il promouvoir une société chrétienne ?

Publié par Valentin le

Faut-il promouvoir une société chrétienne ?

La question de l’engagement des croyants dans la société est un sujet de débat récurrent parmi les chrétiens évangéliques. Certains estiment qu’il faut se tenir à l’écart du monde pour préserver la pureté de l’Église, tandis que d’autres pensent qu’il est de leur devoir de s’impliquer activement pour influencer positivement les institutions et les valeurs culturelles.

Cette divergence de perspectives soulève de nombreuses interrogations : quel est le rôle du chrétien dans le monde ? Doit-il adopter une posture de retrait ; ou chercher à transformer la société selon les principes bibliques ? Doit-il encourager un gouvernement chrétien ? Quelle doit être la relation entre l’Église et l’État ?

Ces questions sont malheureusement rarement abordées de manière approfondie dans les milieux chrétiens. En conséquence, de nombreux croyants se sentent démunis lorsqu’il s’agit de définir leur rôle dans la société. Ces divisions affaiblissent l’unité chrétienne, et en raison de ce manque de cohésion, les croyants peinent à exercer une influence significative sur la société.

Faut-il promouvoir une société chrétienne ?

Cet article se propose d’étudier ce sujet à la lumière des Écritures, d’explorer les différentes approches théologiques qui ont marqué l’histoire du christianisme, et d’examiner notamment la distinction entre le rôle de l’Église et celui de l’État. L’objectif est de clarifier ces enjeux afin d’offrir une vision cohérente et éclairée de l’engagement chrétien dans la société contemporaine.

Table des matières

#1 Le désengagement des évangéliques de la société

Pendant des siècles, les chrétiens ont joué un rôle majeur dans la société, que ce soit en fondant des hôpitaux et des écoles, en s’engageant activement en politique et dans la culture, ou en venant en aide aux plus démunis, contribuant ainsi à façonner durablement l’Occident.

Malheureusement, l’influence du christianisme s’est considérablement réduite ces dernières décennies, avec une présence nettement moindre des chrétiens, en particulier des évangéliques, parmi les élites et dans la sphère publique.

Bien que la sécularisation croissante de la société occidentale contribue en partie à ce phénomène, il est également vrai qu’un nombre important d’évangéliques semble adopter une posture de retrait, privilégiant une séparation volontaire par rapport aux institutions et aux débats publics.

En effet, beaucoup d’entre eux perçoivent la société comme irrémédiablement corrompue par le péché et estiment qu’il est vain de tenter de la réformer, préférant se concentrer sur leur vie spirituelle et communautaire en attendant le retour de Jésus. Hélas, ce désengagement ne fait qu’accélérer la décadence de la société, car en se retirant, ils laissent le mal prospérer, sans opposition ni contrepoids moral.

Par exemple, aux États-Unis, la présence des protestants, autrefois prédominante parmi les élites politiques et culturelles, a fortement diminué depuis la seconde moitié du XXe siècle, au point d’être presque inexistante aujourd’hui. Cet effacement des élites a coïncidé avec une érosion des valeurs morales, économiques, politiques et spirituelles de la société américaine actuelle.

La disparition progressive des protestants de la sphère publique est en grande partie liée au départ des chrétiens conservateurs des églises historiques lorsque celles-ci ont adopté des positions progressistes. En quittant ces institutions, les protestants fidèles, qui ont formé le mouvement évangélique, ont perdu une grande part de leur capital culturel, comme les bâtiments historiques, les universités et les œuvres sociales, réduisant ainsi leur influence sur l’occident.

De plus, certaines doctrines dispensationalistes modernes, telles que l’annihilation cosmique, largement adoptées dans certains milieux évangéliques francophones, ont favorisé un désengagement des questions sociales et culturelles, poussant les croyants à se concentrer davantage sur l’attente de la fin des temps plutôt que sur la transformation de la société.

L'université Harvard était protestante jusqu'au XXe siècle.
L'université Harvard était protestante jusqu'au XXe siècle.

#2 L’annihilation cosmique : une doctrine évangélique erronée et désengageante

Lorsqu’on demande à un évangélique francophone ce qu’il adviendra de la terre et des cieux lors du jugement dernier, il est fort probable qu’il réponde qu’ils seront totalement détruits et remplacés par de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Selon ma compréhension, cette vision, appelée l’annihilation cosmique, est totalement erronée et contribue au désengagement de la société.

Selon moi, la vision correcte est celle du Renouvellement cosmique, qui affirme que, bien que la création actuelle soit affectée par le péché, elle ne sera ni anéantie ni remplacée, mais plutôt restaurée et renouvelée pour refléter pleinement la gloire de Dieu dans le nouvel ordre des choses. Autrement dit, la terre actuelle continuera d’exister après le jugement, mais elle sera libérée de sa corruption et glorifiée.

Cette section examinera pourquoi la vision de la destruction totale est incorrecte, en s’appuyant sur les Écritures et la Tradition chrétienne, afin de démontrer que le Renouvellement cosmique, plutôt que la destruction totale, est en réalité le plan biblique pour la création.

A) Les versets en faveur de l’annihilation cosmique

Certains passages bibliques, comme 2 Pierre 3 : 10-12 et Apocalypse 21 : 1, souvent pris littéralement, semblent indiquer une annihilation totale de la terre et des cieux lors du jugement final, décrivant un monde destiné à disparaître pour laisser place à une nouvelle création.

Le jour du Seigneur viendra comme un voleur. En ce jour, les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés se désagrégeront et la terre, avec les œuvres qu’elle contient, sera brûlée. Puisque tout cela est en voie de désagrégation, combien votre conduite et votre piété doivent être saintes ! Attendez et hâtez l’avènement du jour de Dieu, jour où les cieux en feu se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront !

2 Pierre 3 : 10-12

Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; en effet, le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus.

Apocalypse 21 : 1

Toutefois, les partisans du Renouvellement cosmique interprètent ces versets de manière complètement différente.

Pour 2 Pierre 3 : 10-12, ils expliquent la « terre brûlée » et les « cieux dissous » non pas comme une annihilation totale, mais comme un processus de purification par le feu. Ce feu n’est pas destiné à détruire, mais à éradiquer le mal, un peu comme l’or est purifié dans un creuset.

Cette interprétation est renforcée par de nombreux passages bibliques qui utilisent l’image métaphorique de la purification de l’or et de l’argent pour décrire le jugement de Dieu, illustrant un processus où le feu divin n’anéantit pas, mais affine, en éliminant les impuretés pour révéler la pureté et la valeur (Malachie 3 : 2-3 ; Zacharie 13 : 9 ; Ésaïe 1 : 2 ; Ézéchiel 22 : 20-22 ; 1 Pierre 1 : 7).

« Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui restera debout quand il paraîtra ? Car il sera comme le feu du fondeur, comme la potasse des foulons. Il s’assiéra, fondra et purifiera l’argent ; il purifiera les fils de Lévi, il les épurera comme on épure l’or et l’argent, et ils présenteront à l’Éternel des offrandes avec justice. »

Malachie 3 : 2-3

Concernant Apocalypse 21 : 1, les partisans du Renouvellement soulignent que le terme ‘nouveau’ (grec kainós) se réfère à une qualité nouvelle plutôt qu’à une création totalement différente. Contrairement à néos (nouveau dans le temps), kainós signifie « nouveau dans la nature », avec une implication de mieux.

Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle (kainós) créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. 

2 Corinthiens 5 : 17-21

B) Les versets en faveur du Renouvellement cosmique

D’autres passages des Écritures suggèrent que le jugement final ne conduira pas à une annihilation totale, mais à un renouvellement de la création comme Romains 8 : 19-21 et Colossiens 1 : 19-20.

En effet, la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise à la vanité — non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise — avec l’espérance qu’elle sera aussi libérée de l’esclavage de la corruption pour prendre part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

Romains 8 : 19-21

Car Dieu a voulu que toute plénitude habite en lui ; il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.

Colossiens 1 : 19-20

Beaucoup de chrétiens évangéliques voient le sacrifice de Jésus comme un acte de rédemption centré uniquement sur le salut des êtres humains. Cependant, la Bible enseigne que la rédemption englobe l’ensemble du cosmos, qui sera libéré de la corruption et du péché, soutenant ainsi la vision d’un Renouvellement cosmique. Cette rédemption de toute la création est également évoquée dans Jean 3:16.

En effet, Dieu a tant aimé le monde (kosmos) qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Jean 3 :16

C) Les défis théologiques posés par l’annihilation cosmique

En plus des nombreuses controverses sur l’interprétation des versets bibliques, la vision de l’annihilation cosmique soulève plusieurs défis théologiques.

Tout d’abord, cela contredit la doctrine de la création. La Bible enseigne que Dieu a créé le monde et l’a déclaré ‘très bon’ (Genèse 1 : 31). Bien que le péché ait corrompu cette création, l’idée que Dieu la détruirait complètement semble contredire cette affirmation initiale de la bonté et de la valeur intrinsèque de toute la création.

Ensuite, l’idée d’une destruction totale pourrait laisser penser que le mal a triomphé, car cela impliquerait que Dieu n’a pas réussi à accomplir sa promesse de rédemption et de restauration de toute la création. Une telle perspective remettrait en question la souveraineté de Dieu et son pouvoir de restaurer ce qui a été corrompu, suggérant que la corruption du péché est si irréversible que seule une annihilation complète pourrait y répondre.

Enfin, cette vision contredit la doctrine de la résurrection des morts. La théologie chrétienne enseigne que les corps des croyants seront transformés et renouvelés. La résurrection de Jésus-Christ illustre cette rédemption : son corps a été glorifié, montrant que Dieu restaure sans détruire.

Il en va de même pour la résurrection des morts : le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé faible, il ressuscite plein de force ; il est semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel.

1 Corinthiens 15 : 42-44

D) La tradition chrétienne largement en faveur du renouvellement cosmique

La Tradition chrétienne désigne l’ensemble des enseignements, pratiques et croyances transmis au sein de l’Église depuis les apôtres, afin de préserver et transmettre fidèlement le message de l’Évangile. Elle inclut les écrits des Pères de l’Église, les conciles, les liturgies et les interprétations théologiques.

La Tradition est majoritairement en faveur du renouvellement plutôt que de l’annihilation. Historiquement, les principales dénominations chrétiennes, qu’il s’agisse des premiers chrétiens, des Pères de l’Église, des catholiques, des orthodoxes ou des réformateurs protestants, ont soutenu l’idée d’un Renouveau de la Création.

L’idée de la destruction totale n’a émergé qu’au XIXe siècle, sous l’influence de théologiens du mouvement dispensationaliste. Cela constitue un argument fort contre cette interprétation, car elle ne repose pas sur un consensus théologique ancien, mais sur une vision moderne qui s’éloigne des enseignements traditionnels de l’Église.

À lire : Pour un christianisme évangélique intellectuel et traditionnel

E) La doctrine de l’annihilation cosmique conduit au désengagement

Même si elle n’est pas la seule explication, la croyance en l’annihilation biblique est selon moi une raison majeure du désengagement des évangéliques.

Cette vision peut amener à voir le monde comme irrémédiablement perdu, ce qui réduit la motivation à œuvrer pour le bien commun Au lieu de participer à la transformation sociétale voulue par Dieu, le croyant risque de se concentrer uniquement sur la préparation à la fin des temps, négligeant ainsi ses responsabilités sociales et son rôle dans le renouvellement du monde.

Jérusalem céleste Tapisserie de l'Apocalypse du Château d'Angers
Jérusalem céleste - Tapisserie de l'Apocalypse du Château d'Angers (1375)

#3 L’existence de Deux Royaumes distincts

Afin de comprendre le rôle du chrétien dans la société, il est essentiel de distinguer les deux sphères d’autorité que sont le Royaume de Dieu et le Royaume civil, et d’examiner leur rôle respectif. Ces deux domaines, bien que distincts, interagissent de façon complexe et influencent la manière dont les croyants vivent leur foi dans le monde. Cette distinction est particulièrement visible en Matthieu 22 :

Alors il (Jésus) leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 

Matthieu 22 : 21

En effet, le Royaume de Dieu incarne la sphère spirituelle et éternelle, régie par Dieu, tandis que le royaume civil se réfère à l’autorité humaine et gouvernementale exercée sur les sociétés terrestres. Ces deux règnes obéissent à des principes distincts, comme le souligne Jean 18:36 :

« Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi, afin que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici-bas. »

Jean 18 : 36

Dans ce verset, Jésus indique que le pouvoir civil se limite à la gestion des affaires terrestres, tandis que le Royaume de Dieu transcende cette réalité en étant fondé sur des valeurs spirituelles et éternelles.

Bien que ces domaines soient distincts, ils s’entrelacent dans la vie du croyant. En effet, celui-ci est appelé à incarner les principes divins tout en assumant pleinement ses responsabilités en tant que citoyen dans ce monde.

#4 Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?

A) Une notion essentielle mais souvent négligée

Le Royaume de Dieu, bien qu’au cœur des enseignements de Jésus, est souvent négligé dans les églises contemporaines à cause de diverses influences comme la théologie dispensationaliste ou la focalisation excessive sur l’individu.

La Bonne Nouvelle du Messie ne se limite pas à échapper à l’enfer ou à accéder au paradis, mais consiste à proclamer que le Royaume de Dieu est déjà à l’œuvre sur terre, transformant les vies et annonçant la rédemption future de toute la création.

Mais il leur dit : Il faut aussi que j’annonce aux autres villes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé.

Luc 4 : 43

Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, conformément au projet bienveillant qu’il avait formé en Christ  pour le mettre à exécution lorsque le moment serait vraiment venu, à savoir de tout réunir sous l’autorité du Messie, aussi bien ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre.

Corinthiens 1 : 9-10

B) La définition du Royaume de Dieu

Le Royaume de Dieu est là où la souveraineté de Dieu est reconnue et sa volonté pleinement obéie. C’est un lieu où le péché et la mort n’existent pas, où prédominent la paix, la justice et la perfection.

Dieu y règne visiblement et entièrement, et tous ceux qui le reconnaissent vivent en parfaite communion avec lui. Les croyants revêtent des corps glorifiés, et la création entière est purifiée de toute trace de péché.

Le Royaume de Dieu a été pleinement manifesté dans le jardin d’Eden et le sera de nouveau après le jugement lorsque que Jésus renouvellera toute la création.

Aujourd’hui, ce Royaume n’est que partiellement manifesté, notamment dans le cœur des croyants qui vivent selon ses principes. En effet, par sa venue sur terre, Jésus a inauguré le retour du Royaume de Dieu et en a donné un avant-goût à travers ses enseignements, sa perfection morale, les guérisons, les miracles, l’amour et la justice.

Les croyants, remplis du Saint-Esprit, continuent de faire grandir le Royaume de Dieu, témoignant de sa présence par leur vie transformée, leur amour pour les autres et en manifestant les fruits de l’Esprit, offrant ainsi une préfiguration de ce que sera le Royaume pleinement accompli.

Il nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le Royaume de son Fils bien-aimé.

Colossiens 1 : 13

Quant à nous, notre cité est dans les cieux, d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ.

Philippiens 3 : 20

Toutefois, le péché est toujours présent et influence encore les croyants, ce qui explique pourquoi le Royaume de Dieu n’est que partiellement visible. Sa pleine manifestation s’accomplira après le jugement, lorsque toute la création sera libérée du péché et de ses conséquences.

Chronologie du Royaume de Dieu

C) L’histoire de la restauration du Royaume : D’Éden à l’Accomplissement Final

La perfection originelle de la création était pleinement manifeste dans le Jardin d’Éden. Cependant, cette harmonie a été rompue par le péché d’Adam et Ève, entraînant la chute de l’humanité et la corruption de toute la création.

Le péché a introduit la souffrance, la mort, et a créé une profonde séparation entre Dieu et l’humanité. Depuis lors, le monde porte les marques des conséquences du péché, et l’humanité vit en dehors de l’ordre parfait voulu par Dieu, sous l’influence du mal et la domination de Satan.

Cependant, Dieu a tant aimé le monde, qu’un plan de rédemption a été mis en œuvre à travers Jésus-Christ, qui est venu pour rétablir cette communion rompue et inaugurer le retour du Royaume de Dieu.

Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le Royaume de Dieu. Il leur répondit : Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le Royaume de Dieu est au milieu de vous.

Luc 17 : 20-21

 

En effet, pour que ce Royaume revienne, il fallait que Dieu soit présent, car il est la source de toute vie, de toute transformation et de toute victoire sur le mal. Dieu est la lumière qui dissipe les ténèbres.

Jésus leur parla de nouveau. Il dit: «Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura au contraire la lumière de la vie.»

Jean 8 : 12

Sans la présence de Dieu, à travers Jésus-Christ, la restauration de la création et la réconciliation de l’humanité avec Dieu auraient été impossible. Dieu seul a le pouvoir de vaincre le péché, la mort, et de restaurer l’ordre originel de la création, inaugurant ainsi un Royaume où sa volonté est pleinement réalisée et où sa paix et sa justice règnent éternellement.

Après son ascension, Jésus a envoyé le Saint-Esprit pour habiter en chaque croyant et poursuivre l’avancée du Royaume de Dieu qu’il avait initiée. Par la présence du Saint-Esprit dans le cœur des croyants, Dieu les invite à participer activement à son œuvre de rédemption, en les transformant intérieurement et en les aidant à renouveler le monde selon les valeurs du Royaume, telles que la justice, l’amour et la paix.

Toutefois, bien que le Saint-Esprit soit à l’œuvre aujourd’hui, les croyants vivent encore dans une réalité marquée par le péché, la souffrance et la mort. Le Royaume de Dieu est déjà présent dans le cœur des croyants et à travers leurs actions, mais il n’est pas encore pleinement accompli et visible. C’est la doctrine du « déjà, pas encore ».

Or nous savons que, jusqu’à maintenant, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement. Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps.

Romains 8 : 22-23

En effet, la promesse de Dieu est explicite : un jour, Jésus reviendra et le Royaume sera établi pleinement. À ce moment-là, le mal sera définitivement vaincu, la création sera renouvelée, et Dieu habitera avec son peuple dans une nouvelle réalité, sans péché, sans souffrance et sans mort. Ce jour marquera l’accomplissement final du plan de rédemption, et l’humanité restaurée vivra en communion parfaite avec Dieu pour l’éternité.  

Bien que le Royaume de Dieu ne soit pleinement accompli que dans le futur, Dieu appelle les chrétiens à participer dès maintenant à cette rédemption en faisant des disciples et en transformant la création à l’image du Royaume.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Matthieu 5 : 14-16

D) Le Royaume de Dieu ne se limite pas à l'Église

Contrairement à une croyance répandue, le Royaume de Dieu n’est pas synonyme de l’Église, bien que cette dernière en soit une manifestation visible. En effet, le Royaume de Dieu, c’est-à-dire là où Dieu règne, dépasse les frontières ecclésiales.

Il se manifeste partout où sa volonté et ses valeurs sont vécues par ses serviteurs : dans un acte de pardon sincère entre deux personnes en conflit, dans un foyer chrétien qui manifeste l’amour et la paix de Dieu, ou dans une société qui applique la justice.

Le Royaume de Dieu se révèle également dans l’aide apportée aux démunis, dans la construction d’un hôpital ou d’un orphelinat, dans la construction d’une église à la gloire de Dieu, dans la gestion d’une entreprise intègre et utile, ou même dans la composition d’une musique qui élève les âmes vers Dieu.

Toutes les actions des chrétiens qui manifestent le Royaume de Dieu offrent un avant-goût de sa pleine révélation et contribuent à son avancement jusqu’à la parousie.

Vous savez comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable, car Dieu était avec lui.

Actes 10 : 38

Par ailleurs, certains auteurs comme N.T. Wright ou Timothy Keller soutiennent que toutes les actions faites en Christ, que ce soit des œuvres artistiques, des actes de justice ou des contributions sociales, seront d’une certaine manière purifiés et glorifiés dans la nouvelle création. Il soutient que Dieu ne détruira pas tout ce qui est bon dans notre monde, mais le transformera pour l’intégrer dans son Royaume pleinement révélé.

Vous accomplissez quelque chose qui, bien qu’il puisse sembler étrange et presque aussi difficile à croire que la résurrection elle-même, fera partie, en temps voulu, du monde nouveau de Dieu. Chaque acte d’amour, de gratitude et de bonté ; chaque œuvre d’art ou de musique inspirée par l’amour de Dieu et la joie dans la beauté de sa création (…)  – tout cela trouvera sa place, par le pouvoir de la résurrection de Dieu, dans la nouvelle création que Dieu établira un jour.

N.T. Wright, Surprised by Hope

N. T. Wright, théologien
N. T. Wright, prêtre anglican et théologien spécialiste du Nouveau Testament.

Ainsi, le Royaume de Dieu transcende les institutions humaines, se manifestant dans tous les aspects de la vie où la volonté divine est honorée.

#5 Qu’est-ce que le Royaume civil ?

Le Royaume civil désigne les autorités humaines qui gouvernent et administrent la société, s’occupant des affaires terrestres et temporelles, telles que l’ordre public et la justice.

Ces autorités incluent notamment les rois, les gouvernements nationaux, les parlements, les présidents, les premiers ministres, les juges, les forces de l’ordre, les maires, et les institutions administratives. Elles sont instituées par Dieu pour accomplir Ses desseins sur terre, assurant la paix, la justice et l’ordre dans la société.

En effet, bien que le Royaume de Dieu ne soit pas encore pleinement manifesté partout, Dieu demeure souverain sur toute la création et agit même dans les lieux où il n’est pas reconnu. L’un des moyens par lesquels il exerce son autorité est à travers ces gouvernements civils. Ces derniers font partie de Sa grâce commune, agissant comme des instruments indirects pour contenir le mal et promouvoir la justice dans un monde marqué par le péché.

Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien.

1 Pierre 2 : 13-14

Certes, les autorités civiles sont imparfaites car elles sont composées d’êtres humains faillibles, influencés par le péché et susceptibles de subir les tentations de Satan. Elles demeurent toutefois un instrument temporaire pour maintenir l’ordre en attendant l’avènement complet du Royaume de Dieu après le jugement final, où ces institutions terrestres n’auront plus de raison d’exister.

Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel de fortes voix qui disaient : Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ ; et il régnera aux siècles des siècles.

Apocalypse 11 : 15

A) Les autorités terrestres doivent se soumettre à Dieu

Jésus répondit (à Pilate): Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut.

Jean 19 : 11

Une erreur courante, influencée par la conception moderne de la séparation de l’Église et de l’État, est de croire que Dieu n’agit que dans la sphère religieuse (Royaume de Dieu) et qu’Il est absent des affaires publiques et de la société (Royaume civil). De cette perspective découle l’idée que toute référence à Dieu dans le domaine public devrait être écartée au nom de la laïcité.

Comme expliqué précédemment, Dieu est souverain sur toute la création, non seulement sur le Royaume de Dieu, mais également sur la sphère civile. Ainsi, qu’ils en aient conscience ou non, les présidents, rois et gouvernements sont placés sous l’autorité de Dieu.

Leur pouvoir découle de la permission divine, et ils ont l’obligation de gouverner avec justice et sagesse, sachant qu’ils devront rendre compte de leurs actions devant Dieu, comme le rappelle Psaume 2 : 10-11.

Maintenant, rois, comprenez, reprenez-vous, juges de la terre.  Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant.

Psaume 2 : 10-11

Royaume de Dieu et civil
Dieu règne sur toute la Création

B) Le chrétien doit se soumettre aux magistrats

Le chrétien est d’abord appelé à se soumettre à l’autorité de Dieu en vivant selon les principes de Son Royaume. Toutefois, il doit aussi obéir aux autorités civiles, conformément aux enseignements bibliques (Romains 13 : 1-7),  à condition que cela ne contredise pas la volonté de Dieu.

Ainsi, cette double soumission souligne le rôle du croyant dans la société : être un citoyen respectueux tout en témoignant des valeurs du Royaume de Dieu.

Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. En effet, on n’a pas à craindre les magistrats quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu ne pas avoir à craindre l’autorité? Fais le bien et tu auras son approbation, car le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, sois dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien qu’il porte l’épée, puisqu’il est serviteur de Dieu pour manifester sa colère en punissant celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire de se soumettre aux autorités, non seulement à cause de cette colère, mais encore par motif de conscience. C’est aussi pour cela que vous payez des impôts, car les magistrats sont des serviteurs de Dieu qui s’appliquent entièrement à cette fonction. Rendez à chacun ce qui lui est dû: l’impôt à qui vous devez l’impôt, la taxe à qui vous devez la taxe, le respect à qui vous devez le respect, l’honneur à qui vous devez l’honneur.

Romains 13 : 1-7

#6 Les deux mandats du chrétien pour promouvoir le Royaume de Dieu

Les chrétiens ont reçu deux mandats fondamentaux : faire des disciples selon la Grande Commission de Jésus-Christ et transformer la société par l’accomplissement du mandat culturel divin.

Ces missions complémentaires permettent aux croyants de propager la foi tout en influençant positivement les structures sociales et culturelles de leur environnement. Ensemble, ces deux mandats contribuent à l’avancement du Royaume de Dieu.

A) La grande commission

« Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et enseignez-leur à mettre en pratique tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Matthieu 28 : 19-20

La Grande Commission est l’instruction donnée par Jésus aux apôtres, les chargeant de faire des disciples dans toutes les nations, de les baptiser et de leur enseigner à suivre Ses commandements.

En obéissant à ce mandat, les croyants participent à l’expansion spirituelle du Royaume de Dieu en amenant des individus à connaître, accepter et suivre Jésus-Christ. Chaque disciple qui répond à cet appel devient à son tour un acteur de la mission divine, contribuant à la transformation des vies et des sociétés.

À travers l’évangélisation et l’application des commandements, le Royaume de Dieu ne se limite pas à une réalité future, mais il commence à s’établir dès à présent dans les cœurs et transforme les individus, les familles, les communautés et les sociétés.

B) Le mandat culturel

Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » 

Genèse 1 : 28

Le mandat culturel se définit par la directive en Genèse 1 donnée à l’humanité de régner sur la terre, de la soumettre et de l’utiliser pour avancer la civilisation et œuvrer à l’amélioration constante de l’existence terrestre.

Ce mandat incite les croyants à exercer une influence positive dans tous les secteurs de la société, que ce soit à travers l’innovation, la créativité ou l’engagement dans des domaines tels que l’agriculture, l’art, la politique, l’économie ou l’éducation, pour honorer Dieu.

Ainsi, le mandat culturel s’applique à tous, mais les croyants l’accomplissent avec une compréhension particulière : ils voient leur travail et leur influence sur le monde comme une manière de servir Dieu, de refléter ses valeurs et de contribuer à la restauration du Royaume de Dieu en ordonnant le monde.

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Matthieu 5 :13-16

 

Dans “La Cité de Dieu”, Augustin explique que les hommes sont appelés à coopérer avec Dieu dans l’ordre de la création, à la fois en matière spirituelle et matérielle. Il voit la gestion du monde comme une manière de glorifier Dieu, une idée proche de celle du mandat culturel.

Augustin (354-430)
Augustin (354 - 430)

C) Deux mandats indissociables et complémentaires

Ces deux mandats sont donc indissociables et complémentaires. La Grande Commission promeut la dimension spirituelle de la transformation des cœurs, tandis que le mandat culturel oriente les croyants vers une implication active dans le monde pour le refléter aux valeurs du Royaume de Dieu.

#7 Le chrétien peut-il s’engager en politique ?

A) Exemples bibliques d’engagement politique.

Le mandat culturel invite les humains, et plus particulièrement les chrétiens, à prendre part activement à la société, y compris dans la sphère politique.


À travers les Écritures, de nombreux croyants ont servi au sein de gouvernements païens afin d’accomplir le bien et de servir la cause divine. Malgré le caractère non croyant de ces régimes, ils ont su apporter des changements positifs, tout en restant fidèles à leur foi et en influençant les décisions dans le cadre du plan divin.

Joseph, gouverneur d’Égypte, a façonné la politique économique et sauvé des vies durant la famine (Genèse 41), Daniel a influencé les décisions des rois babyloniens par sa sagesse (Daniel 1-6), et Esther a sauvé le peuple juif en usant de son influence auprès du roi perse (Livre d’Esther).

Néhémie, haut fonctionnaire à la cour du roi perse, a dirigé la reconstruction de Jérusalem et réformé les pratiques religieuses (Néhémie 1-13). Enfin, Jean-Baptiste, bien que persécuté, a confronté le roi Hérode sur sa conduite morale (Marc 6:18), montrant que l’autorité spirituelle peut s’opposer aux abus du pouvoir civil.

Ainsi, il semble tout à fait permis pour les croyants d’influencer les autorités et même d’occuper des fonctions au sein des gouvernements, contribuant ainsi à la promotion de valeurs éthiques chrétiennes dans la société.

Il est essentiel que les croyants distinguent leur engagement politique de la mission spirituelle de l’Église. Leur rôle n’est pas d’imposer le Royaume de Dieu à travers des lois, mais de promouvoir la justice en cherchant à réduire les effets du péché dans la société.

B) Engagement politique et non-violence chrétienne : une coexistence possible ?

L’exercice du pouvoir politique implique souvent des décisions complexes pouvant nécessiter l’usage de la force, que ce soit pour appliquer la loi ou assurer la défense nationale. Pour les chrétiens, cela crée une tension, car ils doivent concilier leur appel à la non-violence avec la nécessité de maintenir l’ordre public et de protéger le bien commun.

En effet, dans le Sermon sur la montagne, Jésus enseigne une non-violence radicale :

Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre.

Matthieu 5 : 39

Il est essentiel de comprendre que le principe de non-résistance appartient au mandat moral individuel, et non à la gestion des affaires publiques, qui est chargée de maintenir l’ordre et la justice. Ces deux mandats sont distincts et doivent être abordés différemment.

Un exemple illustrant cette distinction est celui du centurion romain (Matthieu 8 : 5-13 ; Luc 7 : 1-10). Jésus loue sa foi sans lui demander de quitter son rôle militaire. De même, Jean-Baptiste dit aux soldats venus à lui de ne pas pratiquer l’extorsion et de se contenter de leur solde, sans leur ordonner d’abandonner leur fonction (Luc 3 : 14).

Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire? Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Luc 3 : 14

 

Cela souligne la distinction entre les mandats civil et spirituel. Si le chrétien est appelé à la non-violence dans sa vie personnelle, lorsqu’il assume un rôle civil, il peut être amené à utiliser la force légitime pour garantir la justice et la paix.

#8 Quelles lois le gouvernement civil doit-il appliquer ?

Les protestants ont historiquement défendu l’idée que le rôle du gouvernement est de maintenir la justice, l’ordre public et de punir les malfaiteurs. Tout en prônant une nette séparation entre l’Église et l’État, ils estimaient que les gouvernements devaient fonder leurs lois sur les principes de la loi naturelle.

Le concept de loi naturelle, enraciné dans la théologie chrétienne grâce à des penseurs comme Thomas d’Aquin, désigne un ensemble de principes moraux universels inscrits dans la nature humaine et accessibles à tous, chrétiens ou non, par la raison et la conscience. Ces principes incluent l’interdiction du meurtre, le respect de la propriété, la protection de la famille, et la recherche du bien commun.

Certaines dénominations protestantes, notamment les réformés, allaient plus loin en prônant non seulement la loi naturelle, mais aussi l’intégration de la loi morale biblique, notamment les Dix Commandements, dans la législation civile. Leur objectif était de guider la société vers des normes de justice et de moralité conformes à la volonté de Dieu.

Pour les réformés, la loi naturelle et la loi morale biblique sont indissociables : la première exprime des principes universels accessibles à la conscience humaine, tandis que la seconde, révélée dans les Écritures, explicite ces mêmes principes afin de guider la société vers la justice, conformément à la volonté de Dieu.

Quand des non-Juifs qui n’ont pas la loi font naturellement ce que prescrit la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, bien qu’ils n’aient pas la loi. Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, car leur conscience en rend témoignage et leurs pensées les accusent ou les défendent tour à tour.

Romains 2 : 14-15

Thomas d'Aquin
Thomas d'Aquin (1225 - 1274)

#9 Dieu punit-il les nations immorales ?

Les actions des gouvernements civils ne sont pas ignorées par Dieu. Il les tient responsables de leurs choix et juge leur justice ou leur iniquité selon Ses principes éternels.

Lorsqu’une nation agit avec justice, elle reçoit la bénédiction de Dieu. Si elle choisit l’injustice, elle s’expose à Son jugement entraînant des conséquences telles que l’instabilité, la perte de prospérité ou même la destruction.

Bien que cela ait été évident dans le contexte de l’Ancienne Alliance avec Israël, les dirigeants d’aujourd’hui sont également appelés à gouverner en s’alignant sur les valeurs morales divines.

et c’est lui qui change les temps et les saisons, qui dépose les rois et établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence

Daniel 2 : 21

Les Écritures condamnent fermement les nations et dirigeants immoraux. Dans Amos 1, Ézéchiel 16 : 49-50, Nahum 3 : 1-7, et Isaïe 10 : 1-3, Dieu avertit les nations et les gouvernements corrompus contre la violence, l’oppression et la promulgation de lois injustes. Ces passages montrent que Dieu juge sévèrement les nations qui abusent de leur pouvoir et commettent l’iniquité.

Voici quel a été le crime de Sodome, ta sœur : elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et une insouciante sécurité, elle et ses filles ; et elles ne soutenaient pas la main du malheureux et de l’indigent. Elles sont devenues hautaines, et elles ont commis des abominations devant moi ; je les ai fait disparaître quand j’ai vu cela.

Ézéchiel 16 : 49-50

En parallèle, la Bible révèle que Dieu bénit les nations qui suivent Ses voies et promeuvent la justice. Ces bénédictions incluent la paix, la prospérité et la stabilité. Proverbes 14 : 34 et Psaume 33 : 12 rappellent que la justice élève une nation et que celle qui reconnaît Dieu sera bénie.

#10 La Relation Église-État à travers les dénominations

Historiquement, la majorité des mouvements chrétiens ont distingué le Royaume de Dieu, représenté par l’Église, du royaume civil. Cependant, les divergences portaient principalement sur la nature de la relation entre ces deux royaumes.

On peut identifier quatre grandes tendances : la séparation stricte, la séparation avec influence mutuelle, l’interaction étroite et la théocratie.

Dénomination église et état

A) La séparation stricte entre les deux Royaumes

Cette approche prône une séparation complète entre l’Église et l’État, où chaque institution fonctionne de manière autonome, sans ingérence ni influence réciproque.

Les partisans de cette vision considèrent que les deux institutions sont fondamentalement distinctes et ne doivent pas interférer entre elles. Ces milieux encouragent souvent les fidèles à se désengager des affaires séculières et politiques.

L’Église se concentre exclusivement sur sa mission spirituelle : prêcher l’Évangile, gérer la communauté ecclésiale et transformer les individus spirituellement, tandis que l’État administre les affaires civiles de manière indépendante.

Parmi les mouvements qui prônent une séparation stricte entre l’Église et l’État figurent l’anabaptisme, le dispensationalisme et le fondamentalisme évangélique

  • L’anabaptisme

Les anabaptistes (Amish, Mennonites, Huttérites) prônent une séparation stricte entre l’Église et l’État, car ils estiment que l’implication des croyants dans la politique compromet leur intégrité spirituelle. Ils préfèrent se concentrer sur la vie d’église et la pratique de leur foi, tout en maintenant une distance avec les institutions politiques et civiles.

Pour protéger leur foi des influences extérieures, ils vivent en communautés autonomes, souvent isolées de la société. eur histoire de persécutions par les autorités religieuses et civiles les a également amenés à rejeter toute participation aux structures gouvernementales.

  • Le dispensiationalisme

Le dispensationalisme est un mouvement théologique évangélique qui a émergé au XIXe siècle sous l’influence de John Nelson Darby, au sein des Frères de Plymouth en Grande-Bretagne.

Il propose une lecture de l’histoire biblique divisée en périodes ou « dispensations » et met l’accent sur la distinction entre Israël et l’Église dans le plan divin, ainsi qu’une interprétation littérale des prophéties, particulièrement celles portant sur la fin des temps.

Leur vision pré-millénariste, combinée à la doctrine de l’annihilation cosmique, renforce l’idée que l’Église doit se tenir à l’écart des affaires étatiques. Pour eux, toute implication politique est inutile, puisque le monde est voué à la destruction avant l’avènement du Royaume millénaire de Christ.

Les dispensationalistes prônent ainsi un retrait des affaires séculières, estimant que seule la transformation spirituelle des individus importe dans l’attente du retour de Jésus-Christ.

John Nelson Darby (1800-1882)
John Nelson Darby (1800 - 1882)
  • Le fondamentalisme évangélique

Le fondamentalisme évangélique est né à la fin du XIXe siècle en réaction au modernisme théologique et aux critiques libérales de l’autorité biblique.

Les fondamentalistes prônent une stricte séparation entre l’Église et l’État, jugeant que l’Église doit rester pure, non contaminée par la corruption morale et spirituelle des structures séculières.

Cette vision du monde limite souvent leur engagement politique, bien que certains s’investissent dans des combats culturels sur des questions morales spécifiques, telles que l’avortement ou le mariage.

B) Une séparation avec influence mutuelle

Dans cette approche, l’Église et l’État sont distincts mais peuvent collaborer de manière limitée et mutuelle.

L’Église influence moralement les affaires civiles, sans tenter de prendre le contrôle de l’État. Elle oriente les questions de justice, d’éthique et de moralité, tout en évitant de s’impliquer directement dans la politique.

L’État est invité à soutenir l’Église en mettant en place un cadre législatif favorable, assurant sa protection contre les menaces extérieures, qu’elles soient physiques ou idéologiques. Il peut également encourager l’éducation chrétienne et, dans certaines circonstances, contribuer financièrement aux besoins de l’Église à partir des ressources nationales.

Parmi les mouvements prônant une séparation avec influence mutuelle, on peut citer la théologie des deux Royaumes et le néo-Calvinisme de Kuyper.

  • La théologie des deux Royaumes

La Théologie des Deux Royaumes, présente dans les traditions luthérienne et réformée, est une doctrine théologique formalisée au XVIe siècle par Luther, mais qui s’appuie sur des concepts issus des Pères de l’Église, notamment Augustin. 

L’idée centrale est que le Royaume civil et le Royaume de Dieu ont des responsabilités distinctes, et que les chrétiens doivent respecter cette séparation. L’Église se consacre aux affaires spirituelles, comme la prédication et la formation des croyants, tandis que l’État gère les affaires civiles. Cependant, l’Église doit influencer moralement les autorités civiles sans chercher à les dominer ou à contrôler directement les affaires politiques.

A titre personnel, je partage la vision de la théologie des Deux Royaumes, car je la considère comme la plus fidèle aux Écritures et la plus conforme à la tradition chrétienne.

  • Le néo-Calvinisme de Kuyper

Le néo-calvinisme, développé par Abraham Kuyper au XIXe siècle, ne doit pas être confondu avec le néo-calvinisme contemporain souvent associé à des figures comme Piper, Keller et Carson.

Ce courant souligne la souveraineté de Dieu dans toutes les « sphères » de la vie : famille, Église, État, éducation, culture, économie, et science. Il enseigne que les chrétiens doivent s’engager activement dans ces domaines pour transformer la société selon les principes bibliques, tout en respectant l’autonomie propre à chaque sphère sous l’autorité divine

Cette vision, en réponse au libéralisme et au sécularisme, affirme que le Royaume de Dieu doit avoir un impact concret sur la société, sans confondre Église et État. Ce modèle cherche à promouvoir une société juste et ordonnée, où les valeurs chrétiennes éclairent les institutions civiles tout en respectant la diversité des sphères d’autorité.

Abraham_Kuyper (1837-1920)
Abraham_Kuyper (1837 - 1920)

C) Interaction étroite entre l'Église et l'État

Dans cette approche, l’Église et l’État sont étroitement liés et collaborent activement. L’Église guide les autorités dans la création de lois, et l’État soutient activement l’Église à travers des ressources ou des privilèges institutionnels.

La distinction entre les deux Royaumes est souvent moins claire dans la pratique, bien que des séparations subsistent en théorie. Les frontières entre les responsabilités civiles et spirituelles tendent à s’estomper, créant une confusion entre les rôles respectifs de l’Église et de l’État.

Parmi les mouvements prônant une interaction étroite entre l’Église et l’État figurent l’érastianisme, la doctrine de la symphonie (notamment dans l’orthodoxie orientale) et le Reconstructionnisme.

  • L’érastianisme

L’érastianisme, historiquement associé à l’anglicanisme, défend que l’État a un pouvoir supérieur à celui de l’Église dans les affaires temporelles, et dans certaines situations religieuses.

Cette doctrine affirme que l’Église doit se subordonner au gouvernement civil, qui peut légitimement intervenir dans les questions ecclésiastiques pour maintenir l’ordre public et la stabilité.

  • La symphonie

La symphonie est une doctrine orthodoxe qui présente la relation entre l’Église et l’État comme une collaboration harmonieuse, chaque entité respectant les compétences de l’autre tout en travaillant ensemble pour le bien-être spirituel et matériel de la société.

Développée sous l’Empire byzantin, cette conception cherche à établir une coopération équilibrée entre les pouvoirs spirituel et séculier, en maintenant une interaction étroite sans pour autant fusionner leurs rôles respectifs.

L’État soutient l’Église orthodoxe matériellement et promeut activement la foi, tout en jouant parfois un rôle dans les affaires ecclésiastiques, notamment par l’approbation ou la nomination des patriarches.

  • Le Reconstructionnisme / Théonomie

Le reconstructionnisme, aussi appelé théonomie, est issu du courant réformé et a émergé aux États-Unis dans les années 1960-1970. Ce mouvement a été fortement influencé par le théologien R.J. Rushdoony, dont l’ouvrage « The Institutes of Biblical Law » (1973) a posé ses bases théologiques.

Les partisans de cette doctrine soutiennent que les principes moraux et certaines lois civiles de l’Ancien Testament devraient être appliqués à la société contemporaine. Ils prônent une réorganisation de la société selon ces préceptes, avec pour objectif qu’elle soit entièrement gouvernée par la loi de Dieu.

R. J. Rushdoony (1916-2001)
R. J. Rushdoony (1916 - 2001)

D) Théocratie

Une théocratie est un système dans lequel l’autorité religieuse et l’autorité politique sont fusionnées. L’Église exerce un pouvoir direct sur l’État, et les lois civiles sont directement basées sur les doctrines religieuses. Dans ce modèle, les dirigeants religieux détiennent le pouvoir politique.

Parmi les exemples chrétiens, on peut citer les États pontificaux qui désignent un ensemble de territoires en Italie centrale qui étaient gouvernés directement par les papes entre le VIIIe siècle et le XIXe siècle.

Aujourd’hui, le Vatican, fondé en 1929, est le seul État chrétien encore organisé sous forme de théocratie. Bien que de petite taille (moins de 1 km²), il est dirigé par le pape, qui détient le pouvoir à la fois religieux et politique.

Cependant, il est crucial de distinguer le cas particulier du Vatican des relations que l’Église catholique entretient avec les autres États. Au fil de l’histoire, le catholicisme a souvent cherché à maintenir une distinction entre le pouvoir spirituel et temporel, bien qu’il ait parfois collaboré étroitement avec les gouvernements.

Conclusion

Le désengagement des évangéliques de la société trouve son origine dans une méfiance accrue envers celle-ci, renforcée par certaines doctrines erronées comme l’annihilation cosmique, qui nourrit une vision pessimiste du monde.

Cependant, la Bible invite les chrétiens à participer activement à la transformation de la société en fonction des principes du Royaume de Dieu, selon le mandat culturel. Cela signifie que les croyants devraient s’impliquer dans la politique pour promouvoir le bien commun et encourager des lois qui reflètent la loi naturelle et la loi morale de Dieu.

En ce qui concerne la relation entre l’Église et l’État, la théologie des deux Royaumes, issue de la tradition réformée, semble être la plus conforme aux Écritures. Elle préconise une distinction nette entre ces deux domaines, tout en favorisant une influence mutuelle pour veiller à ce que les gouvernements adoptent une législation juste, sans interférer dans les affaires ecclésiales.

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2 commentaires

Giovanni Tripodi · 11/10/2024 at 9:44 pm

Je pense que c’est quelque chose d’envisageable pour moi, de faire tout ce que je peux faire, en démarrant de rien, ou avec ce que j’ai, par amour pour Jésus, comme pour Dieu, de manière transparente non excessive, avec une honnêteté absolue, en utilisant toutes mes ressources pour glorifier Jésus, afin que Jésus vive en moi, et puisse agir, et Lui manifester Sa gloire et Sa grâce, Sa Force illimitée, et Sa puissance infinie, dans les rêves que j’ai à coeur de réaliser et de vivre, au travers de mon travail et de mes efforts, en faisant tout par amour, comme pour Adonai et Jésus, et que je suis comme un Esdras, face à un pouvoir étatique, qui est comme Cyrus, bon roi de Perse, Babylone mon serviteur, nous a dit Adonai, YHWH….je prends tout ce qui est bon dans tout cet article et qui va dans le sens de rebâtir les valeurs et les principes de l’advenir du Royaume des cieux au dedans des nations et des pays que j’ai à coeur, en me centrant sur les valeurs et les principes de l’économie du Royaume de Dieu, et des sagesses d’en Haut. Et vous, qu’en dîtes vous, Monsieur Valentin?

Julien - David · 11/10/2024 at 11:30 pm

Merci pour ce partage. Très intéressant de le lire.
Et également me permettre de témoigner et de donner un avis purement et ouvertement personnel, me concernant.

20 ans comme Ingénieur dans le milieu maritime sans connaître ou porter une attention particulière au christianisme. Au contraire, naviguant sur les eaux de ce monde la moitié de ce temps, et airant (avec du recul maintenant) quand je posais pied à terre, pour l’autre moitié de ce temps, je m’ adonnai à toutes de péchés bibliques. Tel un capitaine enivré ne tenant pas la barre de son navire, en proie ou à la mercie des « éléments » l’environnant.

Ces temps sont révolus à ce jour. Ayant reçu un appel très fort du Seigneur Jésus-Christ il y a presque 2 ans maintenant et il y a peu, le baptême du Saint-Esprit avec le don de parler, prier et chanter en langues.
J’aime Christ plus que tout au monde. Son Amour est tellement fort que je ne peux aimer 2 maîtres à la fois.
La bible est claire à ce sujet. N’aimez pas le monde, ni les choses de ce monde.

J’aime mon prochain, les personnes de ce monde et ma vie est dans ce sens à ce jour. Aidant. Je vis pour rendre grâce chaques jour au Seigneur Jésus-Christ et pour évangéliser par Sa Parole chaques Âmes.

Les personnes m’ayant connus avant (où inconnus) sont surprises, grand nombre ne comprennent pas. Je leur apporte mon témoignage et leur partagent mon Amour pour le Seigneur et également tout ce qu’il a fait pour moi (guérisons de maladies ou addictions de toutes sortes, perte de poids de 33kgs, dons des langues, d’interprétation etc..)

Mon témoignage est clair et vous l’aurez compris. Jamais et pour rien dans ce monde, je n’echangerai ce que j’ai reçu par notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ, contre un plat de lentilles.

Les ossements desséchés ne sont plus. Le Saint-Esprit me comblant d’eaux vives à chaques instants de ma vie présente. Par La Grâce de Dieu et Sa Volonté, tous comme les apôtres à son époque me laissant diriger pour aller pêcher au milieu du lac, en Eaux Profondes !.

Que Jésus-Christ notre Père ABBA, notre Sauveur, vous garde et vous bénissent abondamment, abondamment !
Shalom Shalom 🙏

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